"50 cosmétiques toxiques à absolument éviter"
Comment rester zen face aux discours anxiogènes en beauté ?
Ils sont dans votre salle de bain. Vous les appliquez tous les jours sur votre visage, votre corps, vos lèvres et parfois même sur vos enfants.
Crèmes hydratantes, gels douche, solaires, baumes à lèvres, sérums, shampoings…
Malgré leurs packagings rassurants, il suffit de jeter un oeil aux formules pour se rendre compte qu’ils sont remplis d’ingrédients chimiques, toxiques, irritants, polluants, perturbateurs endocriniens et dangereux pour la santé.
Et si votre routine skincare vous empoisonnait ? Littéralement ?
Bon !
Respirez, tout va bien.
Ce que je viens de faire, ça s’appelle du “marketing de la peur”.
Et si vous avez d’abord cliqué puis continué à lire, c’est normal : ça fonctionne hyper bien !
Pourquoi la peur fonctionne si bien en cosmétique ?
Je reçois de plus en plus de messages privés avec des contenus instagram, des articles de presse, des extraits d’émission… qui ont tous un point commun : ils parlent de cosmétique sur un ton ultra anxiogène.
Derniers contenus qu’on m’a envoyés :
une naturopathe qui explique que toutes les crèmes solaires sont toxiques pour le corps humain (et ben c’est super ça !) mais que bonne nouvelle, elle a fait une liste de celles qui sont ok (ah ! génial !) mais que bon c’est 5€ pour recevoir la dite liste (ah bah zut alors, moi qui voulais arrêter de m’empoisonner…)
une autre personne qui explique à nouveau en réel que les crèmes solaires nous empêchent de vivre en bonne santé (carrément) parce qu’elles nous “intoxiquent” et que le soleil est notre “meilleur ami” (mais elle oublie bizarrement de nous parler du cancer de la peau)
des extraits d’émissions, de radios, où là on nous explique carrément que la cosmétique ne sert pas à grand chose (je résume très grossièrement)
À chaque fois ma réaction est la même : je lis, je respire un grand coup puis je discute avec la personne qui m’a envoyé l’extrait pour l’aider à y voir plus clair et surtout a-pai-ser.
Je sais bien que je ne suis pas la “wonder woman” de la cosmétique (quoique j’adorerais porter l’uniforme de “skincare woman” 😆) et que personne ne me demande de défendre la cosmétique. Mais après plus de 15 ans dans cette industrie, je sais qu’elle est remplie de gens brillants, passionnés et engagés et qu’en plus la beauté peut faire beaucoup de bien dans un monde déjà très anxiogène. Donc ça me tient à coeur !
Le marketing de la peur n’est pas propre à la cosmétique. C’est une méthode pour capter l’attention vieille comme le monde mais qui, je trouve, est quand même très présente dans la beauté.
En faisant un peu de psychologie de comptoir, je pense que c’est parce que la cosmétique touche à quelque chose de très intime : notre peau, notre enveloppe et notre rapport à nous-mêmes. On applique des cosmétiques pour prendre soin de soi, avoir meilleure mine, sentir bon, se sentir mieux… donc forcément, la confiance prend une place énorme. Et quand cette confiance est fragilisée, la peur s’engouffre très vite !
Et ça, certains l’ont bien compris ! Beaucoup de contenus ultra-anxiogènes sur la cosmétique ne cherchent pas à faire de la pédagogie. Ils cherchent surtout du clic, de l’audience, de la réaction. Car un titre qui fait peur fera toujours plus de bruit qu’un article qui vous explique calmement la différence entre un danger, un risque, une dose, un usage…
Faut-il avoir peur des substances chimiques en cosmétique ?
Vous avez remarqué qu’un terme qui revient souvent dans les contenus anxiogènes sur la cosmétique est “chimique”.
De mon côté, je suis forcément biaisée car je suis chimiste cosmétique. C’est même un titre que je mets beaucoup en avant dans mon activité, au même titre que si j’étais “pâtissière”. On n’a pas peur des pâtissières, non ? 🤭 Et bien, c’est pareil pour moi avec “chimiste” (ou encore chimique, chimie…).
Tout simplement parce que c’est un terme super large ! On peut parler de chimie en pâtisserie, en cosmétique mais aussi en pétrochimie. Il y a du bon et du moins bon, comme partout, c’est un domaine très large ! D’ailleurs, mêmes nos corps sont de vraies “usines chimiques”.
En cosmétique, les ingrédients chimiques (on dit plutôt “synthétiques”) sont souvent mis face aux ingrédients naturels.
Je vous fais la scène. D’un côté, les ingrédients synthétiques froids, faits en laboratoire, ambiance hyper inquiétante, stranger things. De l’autre, les ingrédients naturels, cueillis au soleil, ambiance bucolique, une petite fille qui court dans une prairie… (si vous avez la réf, nous sommes de la même génération, “high five” ✋)
Sauf que spoiler alert : naturel ne veut pas dire “sans chimie”. Un ingrédient naturel doit souvent être extrait, purifié, transformé et stabilisé avant de finir dans une formule cosmétique. Aussi, le naturel peut être moins facile à maitriser que le synthétique. La qualité d’une plante peut varier selon le sol, la météo, la saison, la récolte, le stockage, le procédé d’extraction…
De façon plus globale, il serait tout simplement impossible que toute la cosmétique soit naturelle. Déjà, ça n’aurait pas de sens d’un point de vue innovation : la majorité des innovations en formulation viennent de la chimie de synthèse qui permet de créer des actifs très ciblés (les fameux peptides par exemple !).
Mais en plus ce serait catastrophique d’un point de vue environnemental car cela prélèverait des quantités énormes de ressources naturelles. Réjouissons-nous que le groupe L’Oréal n’ait jamais décidé d’être 100% naturel !
Y’a-t-il des ingrédients à blacklister ?
J’aime bien appeler les ingrédients controversés : les “bad guys” de la cosmétique. Je les vois un peu comme ces grands méchants qu’on voit dans les films : au début, on les pointe du doigt puis on finit par comprendre à la fin qu’ils n’étaient pas si méchants que ça. Souvent juste mal compris 😉
Bref, tout ça pour dire que je comprends que certains ingrédients puissent faire peur : on en parle beaucoup, on parle de leur effet sur la santé, on sort des “études” et surtout ils ont des noms imprononçables (ils font aucun effort).
Tiens, prenons le phénoxyéthanol par exemple. Lui, c’est le bad guy en chef, il fait encore les gros titres et il suffit qu’un soin en contienne pour finir avec une note à 0 sur les applications de notation.
C’est un conservateur, donc son rôle est d’empêcher le développement des microbes dans nos produits. Il le fait d’ailleurs super bien (c’est un des meilleurs dans son domaine !). On l’a accusé d’être perturbateur endocrinien, allergisant, toxique pour le foie… sauf que : aucune étude ne montre cela dans le cadre d’un usage cosmétique.
L’étude qui l’a pointé du doigt n’a pas été faite en cosmétique mais dans un autre domaine avec des grosses quantités (sur des lapins…). Si on transposait les quantités en cosmétique, il faudrait s’appliquer 47 pots de crèmes entiers par jour sur le visage… autant vous dire qu’on en est très loin !
Il n’y a donc objectivement pas de problème avec le phénoxyéthanol en cosmétique. Et si les marques décident quand même de le retirer, ce n’est pas parce que c’est dangereux ou risqué, c’est parce qu’elles savent que certaines personnes n’achèteront pas leurs produits à cause de ça.
Un directeur R&D d’une grande marque m’avait dit un jour : “plus facile de changer une formule que de convaincre le consommateur”. Ça m’avait désespérée !
Tout ça pour dire que non, il n’y a pas de raison d’avoir peur de ses cosmétiques et de blacklister certains ingrédients, en particulier quand ils sont vendus en Europe et qu’ils respectent la réglementation européenne, la plus exigeante du monde (que le monde entier nous envie !).
De mon côté, pour être très transparente et parce que je ne vis pas dans le monde des bisounours (j’adorerais, habillée avec la combi wonderwoman !) : le seul sujet que je trouvais encore “touchy” en skincare ces dernières années étaient les filtres solaires. D’ailleurs, c’est la seule fois où je vous disais ouvertement d’en éviter certains.
La bonne nouvelle, c’est que les filtres solaires “dernière génération” sont désormais ultra-majoritaires sur le marché. Vous avez remarqué que même certaines marques naturelles qui pointaient du doigt les filtres synthétiques ont fini par les utiliser dans leurs formules ? (imaginez ma petite tête satisfaite en mode '“aloooooors ?”) Comme quoi, la réalité de la formulation finit toujours par rattraper les discours marketing !
En fait, je pense que le seul point qui mérite vraiment votre attention en cosmétique est le rapport qualité-prix. De mon côté, je suis très vigilante sur le sujet et c’est d’ailleurs ainsi que je fais mes sélections produits.
Quand je lis une liste d’ingrédients, je ne me demande pas si elle contient des ingrédients controversés car, soyons honnêtes, c’est très rarement le cas car toutes les marques ont pris le tournant de la clean beauty et ce n’est plus du tout un critère pour les différencier. Mais plutôt quels sont les actifs utilisés, comment la formule globale est construite, comment l’efficacité a été mesurée… et bien sûr, si le prix me semble cohérent.
Comment ne plus angoisser ?
En cosmétique du moins. Pour le reste, je serais une piètre conseillère avec mon anxiété 😆 (mais ça se travaille et l’âge joue je trouve, mais c’est un autre sujet).
Quand un article alarmiste sort, ne le prenez pas immédiatement au pied de la lettre. Un titre peut être très inquiétant, être relayé par plein de médias différents pendant plusieurs jours. Demandez-vous qui parle ? sur quelles sources ? Et surtout observez si le sujet perdure dans les médias, souvent ça fait pshiiit très rapidement.
Faites le tri sur les réseaux sociaux. Tout le monde peut prendre la parole, mais cela ne veut pas dire que tout le monde a les compétences ou la légitimité de le faire. Et d’ailleurs même en ayant les compétences, on peut se tromper !
Prenez du recul sur les applications de notation. Je ne suis pas fermée à leur utilisation mais gardez en tête que leur système de notation n’est vraiment pas terrible. Lisez la note, oui, mais regardez surtout les ingrédients pointés du doigt et les arguments avancés (en cliquant on voit le détail).
Ensuite, allez voir d’autres sources. De mon côté, je vous conseille vivement l’annuaire des ingrédients de la FEBEA qui est très bien fait (avec + de 29000 ingrédients !).
Ce sera peut-être fastidieux au début mais vous aurez très vite fait le tour étant donné que les applications de notation pointent toujours les mêmes ingrédients (les conservateurs, les filtres solaires, les parfums…).
Analysez le discours des marques. Si une marque vous répète en long, en large et en travers qu’elle a supprimé toutes les substances chimiques et que tout est fantastique chez elle, demandez-vous du coup ce que vous achetez (de l’eau ?).
Et surtout, prenez du plaisir ! La cosmétique ne doit jamais être une source de stress supplémentaire !
PS : Comme vous l’aurez compris, il n’y aura pas de liste avec 50 cosmétiques à éviter 😉
Un grand merci d’avoir lu cette nouvelle skinletter qui fait son grand retour après 6 mois d’absence, avec en plus ce sujet qui me semble important. Les prochaines ne mettront pas 6 mois à venir, c’est promis !
Dites-moi en commentaire ce que vous pensez de tout ça, si vous avez déjà eu peur en cosmétique ou qu’au contraire, vous êtes devenue plus sereine sur le sujet. J’ai hâte de vous lire.
À très vite, Carole
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Merci de dédramatiser les ingrédients en cosmétique. Alors oui il y a quelques années, je fuyais les silicones, le phénoxyéthanol car comme je ne suis pas ingénieur en formulation, on croit ce que l’on voit passer dans les médias et les réseaux sociaux. Et grâce aux personnes qualifiées comme toi qui nous aident à y voir plus clair, je ne fais plus mes choix de la même manière et surtout pour les besoins de ma peau et le PLAISIR ! Alors merci pour cette nouvelle newsletter !
Merci beaucoup pour cet article très intéressant car je ne cache pas que je fuis et j'essaie d'éviter le phenoxyethanol comme la peste 😅 j'aime beaucoup tes conseils et tes avis qui sont vraiment très clairs, honnêtes, merci maintenant je regarderai d'une façon les produits contenant cet actif et ce grâce à toi 😊